Dixième opus - Jonathan Bougard

- Ecoute, écoute ma chanson… Si tu avances pourras-tu revenir ? Ecoute, écoute ma chanson…
Cette voix déformée qui résonnait, se pouvait-il que ce fut enfin Circé ?
- Circé mon amie, où te caches tu ? Pour toi, j’ai capturé deux baleines. Je chemine en les portant sous le bras, à ta recherche.
- Je ne suis pas Circé. Je suis un mutant répondant au nom de Gédéon, et je n’ai que faire de tes baudruches. Si tu ne retrouves pas Circé elle va tomber du haut de la falaise… Le brouillard va se lever… Le brouillard va se lever…
- La falaise ? Quelle falaise ?
- Dans le tableau, voyons…
Je restais sur place, face à l’estampe. J’empoignais le cadre, mais il était solidement fixé à la cloison. Je ramassais une barre de fer qui traînait par terre, et je commençais à en asséner de solides coups dans le mur. Ca vola en éclats comme de la paille. J’arrachais le cadre. Par le trou ouvert je découvrais le paysage qui avait servit de modèle à cette estampe. A la place de la courtisane se tenait Circé. Je passais de l'autre côté, le cadre sous le bras. De l'autre côté on pouvait voir le ciel. Et à la place du dédale dont je sortais, il y avait un lac. Quand je suis arrivé à sa hauteur Circé a mit le doigt sur ses lèvres. Signe de surtout pas dire un mot. Elle m’a prit le cadre des mains et l’a jeté dans le lac. Il flotta un moment avant de sombrer. Le ciel orageux s’est soudain dégagé. Un vent chaud s’est levé. Elle m’a prit la main et on est partis sur un sentier élastique sous nos pas. Nous avons marché jusqu’à un petit bois, presque au sommet de la colline. J’ai trébuché sur une racine.
- Repos ? Proposa-t-elle. Puis elle poussa une sorte de miaulement.
Nous avions devant nous un village indigène. Je me suis allongé sur le ventre et j’ai enfoncé mon visage dans l'herbe pour en chercher la fraîcheur. Alors elle s’est blottie contre moi.
- La tradition orale raconte que le grand lézard bleu a disparu ici. Ce qui fait que la colline est sacrée. On y est sujet au vertige et à des visions. On y fait des offrandes. Il faut immoler deux coqs si on a des soucis. Quant on veut prospérer, on vient solliciter les services du sorcier. Quant il y a un litige, on vient. La pierre sacrificielle se trouve dans une grotte, derrière la colline. Des buissons cachent l’entrée. Viens, je vais te montrer. Dit-elle.
Je l’ai suivie jusqu’aux buissons. Absolument impossible de découvrir l’entrée de ce haut-lieu pour un œil non exercé. On entendait des chauve-souris dans la grotte. Au fond il y avait un tas de bûches, des pierres, du sang, un poulet et une chèvre égorgée.
- C’est un lieu de sacrifice. Quant on n’est pas initié on ne doit pas voir les fétiches. Ce qu’on appelle le patrimoine culturel à la douane. Dit-elle.
- Plus d’infos. Demandais-je.
- Ils s’enduisent d’ocres, de rouges, de jaunes, de bruns et de blanc. Une fois peintes, les filles vont danser sous des acacias blancs. Danses rituelles. C’est très très chaud. Ils attribuent des vertus de protection contre les mauvais esprits aux couleurs. Ils passent des semaines à se dessiner des motifs sur le corps. Ce sont les femmes qui choisissent l’homme. Elles se moquent que ce soit un homme puissant qui possède cinq cent chèvres où un crève la faim. Ce sont les peintures le critère déterminant. Dès lors qu’elles peuvent gambader, aller et venir, on envoie les fillettes chercher de l’eau et du bois. Il leur faut courir les plaines désertiques pour revenir le soir avec une charge importante de bois sur le dos. A la puberté, on les scarifie. Elles perdent beaucoup de sang. Avec leur sang on prépare des mixtures qui immunisent contre les maladies. Les tribus qui boivent le sang sont immunisées contre le sida. Les sorciers ont le vaccin contre le sida. Du coup les gros laboratoires pharmaceutiques américains emploient des mercenaires pour les éliminer. Mais les mercenaires disparaissent. Les sorciers sont trop forts pour eux…
- Méchant… Commentais-je.
Nous sommes ressortis et nous avons fait quelques centaines de mètres jusqu’à un bâtiment avec une porte en fer et qui ressemblait à un transformateur électrique. Elle voulait me montrer une construction à étage, mélange de terre cuite et de paille. Derrière la mosquée. Pour aller sur la terrasse, il fallut escalader des bouts de bois qui saillissaient. C’était un petit soldat bien initié à ce type de manœuvre, mais je dus l’aider. Une fois sur la terrasse, elle se mit à se gratter la tête.
- Je crois bien que j’ai attrapé des poux quelque part. Dit-elle. Elle se mit alors à rire nerveusement.
- Va falloir te raser la tête. Répondis-je. Ca lui a pas plût. Elle est devenue hystérique…
- Toi tu comprends vraiment rien ! Depuis le début tu comprends rien ! En plus t’es même pas joli ! Je peux plus supporter ça ! Connard ! Merde ! Chié !
- Salope… Répondis-je doucement… C’est sortit tout seul…
Elle s’est mise à pleurer…
- Hé ben tu sais quoi ? T’imagines même pas ! Je préfère pas te dire, ça serait trop dur pour toi… ! Non mais… Tu seras mon caniche toi… Mon valet… Je te jure que je te ferais bouffer mes pots de chambre !!!
Elle a continué sur ce ton, et là j’ai quand même compris. De voir les choses comme elles étaient vraiment, du coup elle me faisait pitié… D’en être déjà là si jeune… J’en dépassais mon propre ressentiment. Je trouvais plus rien à dire. Tout ce scandale avait fait trop de bruit. Les indigènes du lieu sont apparus, nous ont entourés. Ils avaient leurs outils agricoles à la main. Le soleil couchant tapait sur leurs corps peints. Nous étions comme aux premiers jours du monde. Circé continuait de vitupérer.
- Sorcière ! Tu pues comme une rose de viande ! Dit celui qui la frappa de sa fourche.

Il se fit un grand silence. Circé se cassa en deux. Le guerrier s’inclina en maintenant le manche de son outil. Deux pointes saillirent du rein droit de la poétesse. Elle poussa un râle déchirant et la vie quitta son corps. Avec un cri triomphant le guerrier envoya le corps voler dans l’espace. Les autres avaient fait cercle autour de nous et ils éclatèrent de rires. Un adolescent armé d’une faux en frappa deux fois la dépouille. Son ventre s’est ouvert et ses intestins se sont répandus. Les rires redoublèrent et je me joignis à eux. En fait, au point où ça en était il n’y avait vraiment rien d’autre à faire. Parmi eux il y avait un géant intégralement nu et peint en jaune, au visage recouvert d’un masque de Mickey Mouse. Lui ne riait pas. Il fixait le corps horriblement mutilé. A un moment donné il a crié quelque chose dans son dialecte.
- Sibani topa topa !!!
Les rires ont cessé. Ils ont tous observé une minute de silence. Puis le géant s’est approché du corps qui commençait à grouiller de mouches. Il se mit à lui parler tout doucement. Ca dura longtemps. Il ferma ses paupières et coupa une mèche de ses cheveux. Il me montra du doigt et les autres m’ont poussé jusqu’à lui. Il plongea l’index dans une plaie profonde et m’écrivit quelque chose sur le front avec le sang chaud. Ensuite, de la mèche de cheveux, il me tressa un bracelet autour du poignet gauche. Il empoigna son grand couteau, ouvrit la jeune poitrine et en retira un cœur qui palpitait encore. Avec une facilité confondante. Il présenta l’organe au soleil avant de relever son masque sur le haut de sa tête. Je vis qu’il n’avait plus de visage. Juste une tête de mort. Il mordit dans le cœur. Puis me le présenta.
- Manger. Petit Jésus ça. Recette vie éternelle. Dit-il.
Et il éclata d’un rire terrible. Je riais aussi.
- Si tu veux que je mange ça va falloir que tu me le cuises. Et aux petits oignons. Répondis-je.
Là, tout le groupe à explosé. Une rigolade pas possible.
- Bon à toi. Dit le géant. Il remit son masque en place et posa un bras sur mon épaule. On a fait quelques pas vers les autres.
- Bon à lui. Bon à le gars. Déclara-t-il.
Le soleil tapait fort sur cette terrasse. On est descendus s’asseoir à l’ombre d’un grand baobab, abandonnant Circé au bourdon des mouches. De partout déboulèrent des enfants magnifiques et pleins de vie. De sa musette, le géant à la tête de souris tira une pipe de terre qu’il bourra d’herbe. Il tira une longue bouffée et ne recracha pas la fumée. Puis me tendit la pipe et le briquet. Je tirais une bouffée et j’essayais de garder la fumée dans mes poumons. Mais la brûlure est devenue insupportable. Je me mis à tousser comme un asthmatique. Les rires sont repartis de plus belle.
- Vous les français, vraiment vous êtes pas des hommes alors. Commenta tristement le géant.
L’herbe commença à faire son effet, et je prêtais attention à une foule de détails tout à fait pittoresques. Nous étions près d’une rivière, et dans l’herbe verte et touffue, un chaton se promenait. Il n’avait pas le même air que les chatons que j’avais pu voir jusqu’alors. Beaucoup plus furtif. Ce petit être tigré avait vraiment l’air d’un lutin… Je ne décrochais plus un mot. L’horrible constatation s’imposait : Circé n’écrirait plus jamais rien du tout. Je ne la ramènerais pas à Gorée d’où elle s’était enfuie pour grossir la foule des enfants livrés à eux même. La pipe tournait de main en main. Mon regard se fixa sur le jeune qui venait de prendre la vie de Circé, et une pensée s’imposa.
- Quoi tu penses ? Me demanda l’homme au masque.
- Il doit mourir. Répondis-je.
Tous les regards se rivèrent sur moi.
- Pourquoi ? Demanda le géant. La fille ne valait rien. Méchante fille. Rien de bon. Cœur goût de chèvre. Très mauvais.
- C’était pas de sa faute. Pas de chance. Affirmais-je.
- Gé ! Alors faut demander à le vieux. Déclara le géant. Bé, va chercher le vieux ! Ordonna-t-il à un enfant. L’enfant couru jusqu’à un grand manguier qu’il escalada. Il en redescendit avec un petit homme massif aux longs cheveux blancs et à la taille drapée d’une pièce de tissus rouge. Tout le monde s’est levé et se mit à parler en même temps. Le vieil homme est venu vers moi. Il s’inclina et je lui serrais la main.
- Alors c’est toi qui a accepté le cadeau de l’abeille. Dit-il avec un sourire plein de malice.
- Un cadeau ne se refuse pas. Répondis-je.
- Moi, je mange le miel mais les abeille, je les écrase.
Il s’est ensuite entretenu avec le géant. Ils parlaient dans leur dialecte, mais faisaient de si grands gestes que je parvenais à peu près à suivre. On est tous retournés sur la terrasse. Devant le corps le vieux a ordonné qu’on lui amène le coupable. Mais le jeune s’était enfuit et il demeura introuvable.
- On va transporter la fille dans une maison. On la veillera cette nuit et on l’enterrera demain. Je vais demander au charpentier de faire une grande croix. On peindra son nom dessus. Je te jure que le garçon sera puni. Ici, les jeunes sont bêtes. Très bêtes. C’est l’esprit de groupe. Dès qu’ils sont dix, ils deviennent des chiens. C’est comme ça. Le monde entier veut ça.
Il m’a invité à boire un thé et ça à duré toute l’après-midi. De toutes jeunes filles nous servaient de délicieux petits gâteaux, tandis que le vieux racontait des histoires croustillantes. Plus tard elles nous ont servit du riz avec du poulet très pimenté et des légumes. Plus tard encore, la nuit tombée, on est sortis et on a marché jusqu’à une grande case située en dehors du village. Deux guerriers équipés de fusils automatiques en gardaient l’entrée. A notre passage, ils se mirent au garde-à-vous. Au milieu de la première salle, il y avait la femme lézard. Une adolescente accroupie devant une cruche, un coq attaché par la patte à une ficelle nouée à sa cheville. Dans la cruche, il y avait de l’huile pour s’enduire le corps. La femme lézard était nue, le corps tout bosselé par des centaines de scarifications, très fine, avec un long cou gracieux. Sur un mur blanc, encadré, un portrait de Chaca, roi des zoulous. Par terre, chancelaient des centaines de petites bougies parfumées. Et au fond, à même le sol de terre battue était entreposée une dizaine de mètres cubes de haschisch. Le vieux à marché jusqu’au centre de la pièce et s’est assis. La femme lézard a bourré une pipe d’un mélange spécial, l’a allumée et l’a tendue au vieux. Le vieux a tiré une longue bouffée, lui à rendu son ustensile et a marché jusqu’au fond de la salle, où se trouvait encore une porte. La jeune fille me fit signe de la rejoindre. Je marchais jusqu’à elle. Elle a baissé les yeux avant de me bourrer une pipe du même mélange spécial qu’elle avait offert au vieux. Je tirais une longue bouffée et marchais jusqu’au fond de la salle. Dans cette autre salle, plus petite, il y avait beaucoup de tentures et de la broderie sur les murs. Circé était allongée sur une sorte d’établis, couverte d’une pièce de tissus blanc. A ses pieds un gros boomblaster diffusait une radio évangéliste. Dans un coin était remisées quatre petites presses destinées à extraire la résine des têtes de marijuana. Le vieux était assis par terre et chantait quelque chose de triste. J’ai été m’asseoir à ses côtés et me mis à chanter avec lui. Au bout d’un moment le vieux s’est endormis. La radio diffusait des airs de gospel tout en sonorités jamaïcaines. Je fixais depuis longtemps Circé. A un moment donné elle se redressa sur les coudes et plongea ses yeux dans les miens. Je lui souriais, et elle me rendit mon sourire.
- Vous pouvez venir me voir. Dit-elle.
Je suis resté figé sur place. Vraiment, je ne trouvais rien à lui répondre.
- C’est quoi cette musique ? Demanda-t-elle.
Je restais silencieux. J’avais beau chercher, je ne trouvais pas quoi faire.
- Change le poste. Mets la cassette. Ordonna-t-elle.
Je me suis penché sur le boomblaster. Comme c’était un vieux modèle, j’ai mis un moment à mettre la cassette. Et pendant ce temps là, elle devenait hystérique. Elle se tortillait sur sa couche, toute excitée.
- Vraiment un idiot. Dit-elle.
J’ai appuyé sur le bouton. Circé est retombée, inerte. Sa voix a résonné, mais déformée.
- Il y avait ce fait objectif incontestable : la lumière. Comment est-il possible d’en sortir ? Toute petite, le soleil me faisait peur. Tous ces soleils autours desquels gravitent de gentils petits mondes trop confiants… Avocat à la cour d’appel de B. mon père était distant comme la lune. Rien ne me semblait plus beau que la longue robe noire qu’on le voyait porter sur la photo encadrée dans le vestibule. Quant à ma mère, elle me faisait peur. Elle me terrifiait. Jalouses, mes grandes sœurs étaient méchantes avec moi. Surtout Charlotte. Une fois, alors que j’étais encore toute petite, elles sont venues toutes les trois avec une grande paire de ciseaux et se sont penchées sur mon berceau. Elles disaient qu’elles allaient me couper le nez. Quand notre mère fit irruption dans la pièce, Charlotte déclara qu’elles jouaient au coiffeur. Ma mère trouva ça très bien. J’ai comprit que je ne serais jamais chez moi dans cette maison. Plus tard, je restais cachée des heures dans l’espace noir qui se trouvait sous l’escalier, tandis qu’elles me cherchaient partout dans la maison. Une fois, j’ai passé toute la nuit ainsi, dans un état intermédiaire entre le sommeil et la veille. C’est là que le clown est venu pour la première fois. Il ne portait pas de nez rouge, pas de maquillage, c’était un monsieur très sérieux, mais j’ai tout de suite comprit que c’était un clown. Autour de lui flottaient des cœurs noirs et des fleurs noirs. Le clown disait des choses étranges qui apaisaient mon cœur affligé de solitude. De ses paroles mielleuses, je dirais qu’elles validaient ma défiance envers la lumière. Il y a une solidarité plus forte qu’ailleurs dans le mal… Pour mes huit ans, mon père consentit à m’abonner à la bibliothèque municipale, et j’y passais tous les mercredis après-midi. Je délaissais vite la salle de lecture des enfants pour celle des adultes, voisine. J’étais devenue cette jeune lectrice de Balzac déconnectée des jeunes de son âge. Un jour, un jeune homme est apparu. Il avait l’air de sortir d’une fresque de Botticelli. Un visage fin et des manières délicieusement précieuses. En elles, je retrouvais complètement celles du clown. Il n’était pas de prestidigitateur plus habile de ses mains que lui. Il a longtemps inspecté les rayonnages avant de choisir une édition anglaise de Shakespeare.
A MIDSUMMER NIGHT DREAM.
Je le regardais lire, fascinée. Lorsqu’il s’est levé, je l’ai suivi. Dans la rue, il marchait sans regarder les gens, comme perdu dans ses pensées. Il est entré dans un supermarché. Mon cœur battait la chamade. Je me suis décidée à entrer aussi. J’ai couru à sa recherche dans les rayons déserts. Je l’ai trouvé en train d’étudier l’étiquette d’un bocal d’olives. J’ai marché jusqu’à lui et je fis mine de m’intéresser aux boites de conserves. Il m’a regardé, et il a tout de suite comprit que je l’avais suivi.
- Je vous aime. Bredouillais-je.
Ses sourcils se froncèrent et il s’est gratté la tête. Il ne répondit rien. Face à son silence, je mesurais toute l’inopportunité de mes paroles. Il a prit trois bocaux d’olives et est partit vers la caisse, comme s’il ne s’était rien passé. J’ai fondu en larmes. Je suis retournée à la bibliothèque où mon père m’attendait. J’avais une heure de retard. Pendant deux ans je n’ai pas manqué un mercredi à la bibliothèque. L’homme aux olives n’est jamais revenu. C’est un peu à cause de ça que j’ai commencé à écrire des poèmes… Une graine, pour germer, a obligatoirement besoin de lumière. Même une mauvaise graine.
Bientôt je suis devenue folle de comédies musicales américaines, et j’ai obtenu de ma mère qu’elle m’inscrive à un cours de claquettes au conservatoire. Mes parents avaient divorcé, et mon père refaisait sa vie à Lyon avec une petite jeune. Je ne vivais plus qu’entourée de présences hostiles. Au conservatoire, en découvrant le visage de mon professeur de claquettes, j’ai manqué m’évanouir. C’était l’homme aux olives et il n’avait pas changé d’un cil. Mon mystérieux clown n’était rien d’autre que le fils du directeur du conservatoire. L’abondante littérature que j’avais consommée depuis notre dernière entrevue m’avait transformée en jeune fille capable d’attirer son attention. Je me suis révélée brillante, la meilleure du groupe. Et, le troisième soir, je suis passée à l’action. A la fin du cours j’ai attendu que tout le monde ai regagné le vestiaire pour lui demander si je pouvais m’entretenir un moment avec lui en particulier.
- C’est à quel sujet ? Me demanda-t-il avec une espèce de méfiance extrêmement avertie.
- Je souhaiterais quelques éclaircissements sur le dernier step que je ne suis pas sûre d’avoir très bien compris, et je me suis laissé dire que vous êtes l’homme de la situation. Lui répondis-je d’une voix que je voulais particulièrement enjôleuse.
- L’homme de la situation… Répéta-t-il. Je n’en suis pas si certain… Enfin, vous avez l’air très douée. Dans la mesure de mes moyens, naturellement, je suis disposé à éclaircir tout ce que vous voudrez.
- Vous, vous allez avoir droit à un bonus. Murmurais-je.
- Comment ?
Je me passais ostensiblement la langue sur les lèvres. Evidement il était assez intelligent pour savoir quoi dire.
- Vous vous écartez du sujet, mademoiselle. Papa maman doivent certainement vous attendre. Ce n’est pas bien de les retarder ainsi.
- Personne ne m’attend. Et il n’y a personne à la maison, ma mère est à la campagne avec mes sœurs. Je rentre à pieds. Je ne suis plus une enfant.
- Et… C’est loin chez vous ?
- Saint-Michel.
- Bon, je veux bien faire un détour pour vous raccompagner. On étudiera le dernier step chez vous. Dit-il du ton neutre d’un chirurgien qui vous annonce l’urgence d’une opération très invalidante.
- J’ai hâte de voir ça.
Il a fermé à clé la salle, et nous sommes sortis par une petite porte.
- Où est votre voiture ? Demandais-je.
- Qui a dit que j’avais une voiture ?
On a marché jusqu’à un Vespa bleu clair cadenassé à un panneau signalétique. Quant il a sortis la clé de sa poche, j’ai eu peur.
- Mais je n’ai pas de casque ! Dis-je.
- Moi non plus. Répondit-il.
- Non, j’ai peur !!! Je suis jamais montée sur un scooter !!! C’est très dangereux !!! On peut se casser la figure et rester paralysé toute sa vie !!!
- Pas si tu t’accroches bien à moi.
J’ai prit mon courage à deux mains et suis montée derrière lui. Il a poussé un grand cri en démarrant. Je me suis collée à lui. Le trajet passa comme en rêve. Il s’est garé un peu à l’écart et on est montés en silence. Une fois la porte de l’appartement désert refermée sur nous, on est enfin passés à l’action… Ensuite on a continué à se voir sur le coup de cinq heures dans la chambre de bonne qu’il occupait. Très curieux de tout, il me posait des tas de questions. Lorsque je lui ai raconté que ma sœur Charlotte répétait une pièce au conservatoire, ça lui inspira un curieux défi.
- On ne peut pas continuer à se voir comme ça. Je vais devenir le petit ami de ta sœur. Ca sera beaucoup plus simple. Dit-il.
J’ai trouvé l’idée épatante. Moi je détestais Charlotte. Depuis que j’étais toute petite on se faisait la guerre. C’était un sacré bon tour à lui jouer.
- Je te préviens, elle change de mec comme de chemise.
- Tant mieux, ça n’en sera que plus simple.
- Je compte sur toi pour la faire tourner en bourrique.
Dès le lendemain il a été assister à la répétition. Charlotte travaillait un monologue au terme duquel il applaudit chaudement. C’était la première fois qu’un truc pareil arrivait à la théâtreuse. Ca lui a fait tourner la tête évidement. Après la répétition il a été la rejoindre à la buvette. Avec des fleurs. Il l’a complimentée. Il a été bien obséquieux. Il a proposé d’aller boire du champagne. Deux heures plus tard il la ramenait dans sa chambre de bonne. La semaine suivante il débarquait chez nous. J’étais en train de me prélasser devant la télé, à moitié nue sur le divan. Charlotte m’a demandé ou était notre mère. Je lui ai tiré la langue. Elle m’a balancé une godasse et ils ont été s’enfermer dans sa chambre. Dans son dos, il m’a fait un signe du pouce. Jamais je ne m’étais sentie aussi puissante. J’étais à l’école lorsque Charlotte présenta Pim à l’homme aux olives. Une semaine plus tard, il est passé à l’action suivante et lui a fait cette déclaration pas piquée des hannetons que nous avions imaginé ensemble :
- Charlotte, je suis désolé mais depuis que j’ai vu ta mère je n’arrête pas de penser à elle. Je n’ai jamais ressentis pour aucune femme ce que je ressens pour elle. Ma décision est prise. Je vais la demander en mariage. C’est sérieux. J’ai de la sympathie pour toi mais tout est fini entre nous. J’espère que tu comprendras ce qui arrive.
Charlotte a piqué une crise et puis s’est calmée. Le soir même elle ramenait un nouveau mec à la maison. Entre-temps l’homme aux olives avait fait sa déclaration à Pim. Evidement Pim ça la gratifiait de piquer son mec à sa fille. Elle a dit oui. Un mois plus tard Charlotte assistait au mariage. Le dindon de la farce dansa toute la soirée et on admira toutes beaucoup son courage. Moi, j’étais au paradis. Mon clown devenait le beau-père de mes harpies de sœurs.
Souvent, au milieu de la nuit l’homme aux olives quittait le lit conjugal pour venir me retrouver une heure où deux. Pim a vite éventé notre petit manège et elle a tout fait pour m’envoyer dans un internat mais j’ai refusé. Alors elle lui a trouvé un job de graphiste. Comme ça, il se levait de bonne heure et dormait la nuit. Face à sa vigilance attentive les occasions où nous pouvions nous retrouver seuls à seuls sont devenues rares. Et alors nous ne parlions plus que d’une chose : du meilleur moyen de se débarrasser de Pim. L’homme aux olives était d’avis d’attendre ma majorité. Alors j’hériterais d’un patrimoine suffisant pour partir au bout du monde, mener une vie d’aisance et d’oisiveté. Moi je n’étais pas sûre de pouvoir attendre aussi longtemps. De leur côté, un souci tout différent les tracassait : dans mes moments de colère, il m’arrivait de menacer d’aller trouver une assistante sociale, une autre que ma mère. Les assistantes sociales sont comme les psys : des collabos. Obligé d’être soi-même un cas social pour comprendre les autres cas sociaux. Mais un cas social au service du système. C’est ce qu’était Pim. Et elle connaissait tous les trucs. C’est ça qui rend ses masques si forts. N’empêche que cette menace leur causait bien du souci.
C’est à ce moment là qu’elle t’a ramené à la maison. Lorsqu’ils sont partis au Pyla en nous laissant tous les deux, je me suis sentie abandonnée et trahie par l’homme au olives, qui faisait démonstration d’une insane faiblesse en m’abandonnant à cet inconnu qui sortait des horreurs en pleine figure de tout le monde. J’étais prête à jouer le jeu, même si c’était un jeu à perdre son âme. S’il partait avec elle, il le méritait bien. Mais toi, tu n’as pas joué le jeu. Parce que le pire dans ton cas c’est que tu comprenais, mais que tu ne jouais pas le jeu pour autant. C’est ça qui m’a fait péter les plombs. Quand quelqu’un comprend il joue le jeu. Quelqu’un qui ne joue pas le jeu ne peut pas comprendre… En tout cas elle s’est bien servie de toi.
En ramenant Malik, Pim est passée maîtresse du jeu. En Afrique, l’homme aux olives est devenu la chose de ma mère et de son amant, tandis qu’on m’avait collée en pension. Ses plans ainsi contrariés, il n’avait plus d’autre choix que de se soumettre à leurs caprices. Jusqu’aux plus dégradants. Il a perdu tout honneur, et prit goût à cette déchéance. Son jeu trop insouciant des dieux l’a finalement damné, et il ne pourra plus lever la tête aux cieux sans s’en rappeler, aveugle et sourd à leurs signes qu’il est devenu !!! Pour l’homme aux olives, il était écrit que le ciel sera chaque jour un peu plus lourd, et mon innocence un petit peu rebelle ne fut que l’instrument malheureux du sort !!! (…)
Par terre, toute une colonie d’insectes rouges cavalait vers la dépouille. Je suis passé dans la pièce à côté. La femme lézard dormait, étalée sur une natte. J’ai emprunté sa cruche et suis retourné déverser un cercle d’huile par terre, entre la morte et les insectes. Le vieux s’est réveillé. Il s’est étiré et est sortit finir sa nuit ailleurs. J’ai été faire un tour dehors. Les gardiens ronflaient comme des débroussailleuses. Je suis retourné m’asseoir aux côtés de la fille. Je restais longtemps la regarder dormir. Sa bouche était ouverte. Son ventre et sa poitrine se gonflaient et se dégonflaient. De temps en temps, elle se redressait et criait quelques mots précipités. Son ventre se contractait et ses yeux se révulsaient. Des spasmes secouaient ses cuisses. Puis elle retombait dans les profondeurs de son rêve. Autour d’elle l’air était brûlant. Je me suis rapproché et penché jusqu’à sentir son souffle sur mon visage. Une odeur capiteuse m’est entrée dans les narines, m’est passée par le cerveau et ça a fait boum. Je l’ai secouée jusqu’à ce qu’elle se réveille.
- Viens avec moi veiller la morte. Le vieux est partit. Lui dis-je.
- Pourquoi tu me réveilles pour me provoquer comme ça ? Je veux pas voir ton cadavre. Tu me fais chier, blanco !
- Tu peux pas me laisser comme ça avec la morte. Elle arrête pas de parler.
- Gé ! Zombie à elle ? Il faut couper sa langue !
Elle a ramassé un grand couteau qui trainait et a attrapé par le cou le coq noué à sa cheville. D’un geste sûr, d’un coup sec, elle à coupé sa crête et me l’a donnée.
- Vas mettre ça dans sa bouche !!!
D’un autre coup, elle a achevé le coq. Je suis retourné dans l’autre pièce et j’ai fait ce qu’elle m’avait dit.
- Blanc, ramène ma cruche !
Elle avait le bras droit posé sur le genou, une longue cigarette allumée coincée entre les dents, le menton écrasé sur l’épaule, la jambe gauche étalée par terre et de petits grelots sonnaient au bout de ses mille nattes tordues dans la fumée. Le blanc de ses yeux brillait dans la pénombre. Je déposais la cruche à ses pieds. Elle plongea la main gauche dedans et se mit à se caresser.
- C’est gros mon trou. Quatre doigts. Dit-elle. Et elle éclata d’un vrai rire de folle. Enlève un peu tes linges, blanc. Je vais te masser pour demain. Ajouta-t-elle.
Je me suis déshabillé et allongé sur le dos à ses côtés. Elle a commencé par déverser un filet d’huile dans mes cheveux, avant de me shampouiner de la tête aux pieds. Elle connaissait son affaire, alternant les caresses et les coups. Elle s’est attardée sur mon sexe. Quand j’ai joui dans ses mains, elle dit :
- Blanc, c’est pas beaucoup ton jus. Tu viens de t’occuper du cadavre.
- C’est ça, il m’a taillé une pipe. répondis-je.
- Ha ha !!! Bon à toi, blanc. Dit-elle. Avec toi on peut rigoler. Mets toi un peu sur le ventre, je vais faire craquer ton dos. Je me suis exécuté, elle s’est levée et est montée piétiner mes omoplates jusqu’à ce qu’ils fissent crac. Ceci fait, elle se bourra une pipe de mélange spécial et se mit à fumer en silence. Je suis retourné veiller Circé. Elle ne décrocha plus un mot. Le maléfice de la crête de coq était radical. Le lendemain matin, je demandais à la jeune fille d’où elle tenait ce remède.
- Gi, c’est comme ça on fait pour les méchantes femmes. Répondit-elle.
Après l’inhumation j’ai continué mon chemin vers la région des lacs. Le vieux m’avait fait cadeau d’une besace de galettes de mil, d’une bouteille d’eau, de tabac ainsi que d’un grand couteau. Trois jours durant j’ai longé la rivière sans rencontrer âme qui vive. Finalement je suis arrivé au bord du grand lac. Sur une avancée rocailleuse, je repérais une Harley-Davidson toute chromée. Je tournais la tête et vis une jeune fille blonde qui se baignait à quelques mètres du rivage, debout de l’eau jusqu’à la taille. Sur son épaule était perché un perroquet.
- Aye miss ! Lui criais-je. Elle se retourna lentement, découvrant une poitrine ferme et dorée. A son nombril était piquée une chainette dorée au bout de laquelle oscillait une perle noire. Sur son bas-ventre était tatouée une grosse tête de bull-terrier, ainsi qu’une ceinture de croix gammées. Il y avait aussi de ravissants bracelets de fils de fer barbelés sur ses bras. Elle me décocha un sourire qui me transperça.
- Hola chico ! Where do you come from ?
- I’m french.
- Je m’appelle Iris. Je suis espagnole.
- Et tu parles français ?
- J’ai grandit à l’île Maurice. Mon père est propriétaire d’un hôtel de luxe. Cinq étoiles…
- Tu es magnifique… Une vraie idole…
- Qu’est-ce que c’est idole ?
- Baby doll… C’est comme une étoile…
- Ha oui ? Ca c’est vraiment très gentil. Tu peux venir si tu veux. I’m open, guy.
- I’m open, guy… Répéta le perroquet.
- Et les crocodiles ? Demandais-je.
- Fuck les crocodiles !!!
Là j’ai éclaté de rire. Elle avait raison… Je me suis débarrassé de mes vêtements et j’ai plongé dans l’eau claire. Un homme se doit de réagir de manière positive aux sollicitations du monde. C’est comme ça. J’ai nagé sous l’eau jusqu’à elle, j’ai attrapé ses chevilles et je l’ai entraîné avec moi. Le perroquet a regagné la berge en continuant à répéter :
- I’m open, guy !
On a batifolé comme ça pendant des heures. Finalement on est allés se sécher au soleil avant que la nuit tombe. Elle s’est mise à me raconter son histoire.
- J’ai une formation d’ingénieur. Je faisais du bénévolat. Comme assistante vétérinaire. Pour les œuvres hospitalières de l’ordre de Malte. Mais ils m’ont vraiment prit la tête. Tu peux pas imaginer leurs combines, à tous ces messieurs soi disant humanistes… Organisations non gouvernementales mon cul… Tous de mèche avec les pires crapules… Alors je suis partie avec le cheval du grand maître. Un haut fonctionnaire israélien. Je pense m'installer au Gabon. Ils n’ont rien là-bas. A par Total… Ils gobent n’importe quoi et s’intoxiquent. Les pays africains tentent de développer une industrie locale en médicaments génériques. Ceux dont la formule n’est plus protégée par un brevet. En fait, nos envois désorganisent leurs efforts. Ils sont détournés par des trafiquants locaux. Vendus à la sauvette. Revendus beaucoup plus chers que les médicaments génériques. Même dans les dispensaires tenus par des œuvres caritatives. Surtout dans les dispensaires. Au Gabon je pourrais servir à quelque chose peut-être… Ici c’est trop tard, il n’y a plus rien à faire…
- Et tu savais que ceux qui boivent le sang sont vaccinés contre le sida ?
- Je suis pas docteur, je sais pas… C’est possible mais c’est pas chrétien…
- Ha bon, t’es une catholique alors… Une gentille petite protectrice des animaux… T’as vraiment pas l’air avec ton look bikeuse… Tu ressembles plutôt à un ange de l’enfer…
- Je suis pas un ange. D’abord ma tête est vraiment affreuse. Je suis pas belle. Je suis de la merde. J’ai toujours eu tout ce que je voulais…
- C’est passionnant de t’entendre te dénigrer comme ça… T’es quand même une sacrée bonne cochonne…
- Espèce de sale petit voyou !
- Et toi, de quoi tu crois que t’as l’air avec tes croix gammées… D’une Lorelei à deux balles… T’as l’air revenue de ta période skin, c’est déjà ça, t’auras au moins compris quelque chose…
- Ca n’a rien à voir… Moi je suis dans les védas… C’est la sovatiska sur mon ventre… La roue éternelle… J’ai jamais été skin… Les nazis n’avaient rien compris… Ils imaginaient qu’en inversant le mouvement de la roue ils s’approprieraient sa puissance… Ca n’a rien à voir… Ce mouvement est sensuel, il n’a rien de signifiant… Moi je sacralise pas l’icône. Il n’y a pas de problème. Je trouve ça joli, c’est tout… Le truc c’est juste que dans l’hémisphère nord, on n’est pas dans le jardin. On est dans la maison. Tu captes ? Hitler n’avait rien, mais vraiment rien du tout comprit… Un du samedi soir Adolf Hitler. Un qui n’existait pas. Un homme qui ne savait même pas manger. Un végétarien. Un malheureux flicard aux nichons qui sentaient la respiration.
- Bon, sur ces bonnes paroles je vais nous aménager une litière dans un grand arbre pour la nuit. Il faut devenir inaccessibles…
- Attends, je dois te dire quelque chose.
- Oui ?
- Non, finalement c’est trop tard… C’est plus la peine.
Ca faisait trois jours que l’on campait sur cette rive lorsque une pirogue est apparue sur la rivière. On était en train de se baigner et on a nagé sous l’eau jusqu’à l’abris des roseaux. La pirogue glissait doucement. A l’avant, une ombrelle à la main, un casque colonial sur la tête et une carabine posée sur les genoux, Roland Goupil scrutait l’horizon. Circonspect. Il avait un œil au beurre noir ainsi qu’un bras dans le plâtre. A l’arrière pagayait un vieil homme à la barbe blanche. Ils avaient dû repérer la moto depuis un moment et se tenaient sur leurs gardes.
- Ohé, du bateau ! Criais-je.
- Tiens, cher ami, je vais dire une banalité, mais moi personnellement franchement je ne me baignerais pas dans ces eaux… Ca pullule de crocodiles, je vous assure…
- Ne vous en faites pas pour moi, j’ai encore de bonnes dents. Et vous-même, Gorée est donc devenu si ennuyeux pour que vous vous embarquiez dans une telle expédition ?
- Notre petit safari n’est pas tout à fait sans objet. Nous sommes sur la piste de Circé. Peut-être pourrez-vous nous en dire quelque chose ? On nous a encore signalé son passage au dernier village.
- En effet, moi de même. Hélas, cher ami, j’ai bien peur que la piste se perde ici… Plus de traces…
- Comme c’est regrettable… Et à qui donc appartient ce bel engin ? Demanda-t-il en désignant la moto du bout de sa carabine.
- A mon acolyte en matière de sports aquatiques, une jeune espagnole que sa pudeur à contraint à chercher le refuge des roseaux… Elle redoute les mauvaises rencontres et ne se sépare jamais de son Famas. Tenez, à cette heure ça ne m’étonnerait pas qu’elle vous tienne en joue, la vilaine…
- Je vois, je vois… J’ai connu des espagnoles moins farouches… Et bien, je m’en voudrais de vous importuner plus longtemps… Je dois toutefois vous informer d’une chose : Pim et moi avons rompu, et que je retrouve où non Circé je ne remettrais pas les pieds à Gorée.
- Vraiment ? Vous éveillez ma curiosité, cher ami…
- Elle m’a remplacé. Malik, vous imaginez bien. Nous nous sommes battus, finalement, un soir, sur la plage… J’ai brûlé tous mes poèmes et je suis partis. C’est ce que j’avais de mieux à faire, je crois.
- Certes, l’honneur est sauf. Dans la région, les jeunes filles sont épatantes, à mon avis. A votre place, j’irais boire du mousseux dans un hôtel.
- J’y penserais à l’occasion. Pour l’heure, je vais persévérer dans mes recherches. Je m’en voudrais de n’avoir pas fait tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener cette petite égarée.
- Je vois, c’est un retour dément de rimeur…
- Si calembour il y a, j’avoue ne pas comprendre.
- Excusez-moi, c’est le soleil. Puis-je vous demander si vous avez déjà des projets à plus long terme ?
- Pour l’heure aucun… Je vous souhaite le meilleur pour la suite, cher ami…
- Moi de même. Faîtes attention à vous. Et à la prochaine.
La pirogue s’est éloignée. Iris est sortie de sa cachette et a nagé vers moi.
- C’était qui ce fou ?
- Un type très dangereux. Tu as bien fait de ne pas te montrer.
- Oui, je sais pas quelle partie vous jouez mais ça ne me dit rien qui vaille. J’ai un petit ami qui m’attend quelque part moi… Cette situation n’est juste ni pour toi ni pour lui…
- Je comprends… Reste encore ce soir, et qui vivra verra…

Texte et images : Jonathan Bougard